sociocratie

Le terme « sociocratie » a été inventé au XIXe siècle par le positivite français Auguste Comte. Il désigne aujourd’hui un mode de prise de décision et de gouvernance permettant à une organisation (une entreprise, une collectivité publique ou privée, mais aussi une famille, une structure politique, etc.) de se comporter comme un organisme vivant qui s’auto-organise. « Sociocratie » veut dire littéralement « la gouvernance du socios », c’est-à-dire d’un groupe de personnes liées par des relations significatives.
Depuis les années 1970, la sociocratie s’est développée grâce aux travaux de l’ingénieur néérlandais Gerard Endenburg (directeur d’une entreprise familiale d’électrotechnique à Rotterdam et professeur honoraire à l'Université de Maastricht). Conceptuellement fondée sur la systémique, elle est devenue une nouvelle manière de diriger les organisations - des associations et collectivités aux entreprises de toute taille - qui vise l’efficacité à travers la collaboration active de tous leurs membres, et qui a pour résultat de renforcer le sentiment d’appartenance de chacun. Les outils et méthodes de la sociocratie développent la co-responsabilité des acteurs et favorisent l’éclosion de l’intelligence collective au service de la réussite de l’organisation.
A l’exemple des pays anglo-saxons, la sociocratie est aussi appelée « gouvernance dynamique » (Dynamic Governance); en principe, Ordinata préfère cette appellation.
Pour fonctionner selon le mode sociocratique, une entreprise ou collectivité ne doit pas être transformée de fond en comble. Les responsables hiérarchiques à tous les niveaux conservent leur rôle et leur mission, mais ils ne sont plus seuls à assumer les responsabilités décisionnelles stratégiques. Chaque membre de l’organisation se voit en effet offrir la possibilité d’exprimer au sein de son cercle son point de vue et de faire des propositions pour améliorer le fonctionnement de l’organisation.
La sociocratie se caractérise par sa simplicité. Elle repose sur 4 principes de base :
- le consentement : dans une unité de travail, les décisions stratégiques sont prises en invitant les membres de l’unité à avancer leurs objections raisonnables à une proposition préalablement présentée. Ensemble, ils travaillent à lever les objections en améliorant la proposition. Il y a consentement, et la décision est prise, quant toutes les objections ont été intégrées.
- le cercle de décision : chaque unité de travail d’une organisation est constituée en cercle de décision, disposant d’une large autonomie de fonctionnement : un cercle est maître du pilotage, de l’exécution et de la mesure de ses propres processus. La notion de « cercle » traduit notamment l’équivalence entre participants. Le responsable hiérarchique de l’unité en fait partie intégrante et y conserve son rôle de relais pour les décisions prises par les niveaux supérieurs ; en plus, c’est lui qui est pleinement responsable de la mise en œuvre des décisions stratégiques. Mais ces dernières sont prises par l’ensemble des membres de l’unité, par consentement.
- l’élection sans candidat : différentes fonctions dans le cercle sont assurées par des membres, élus suivant un mode d’élection ouvert, sans candidat déclaré. Le candidat final est accepté par consentement.
- le double lien : chaque cercle est représenté au cercle du niveau supérieur par deux membres, qui y participent aux prises de décision : le responsable hiérarchique, et un « second lien » élu par le cercle au terme d’un vote sans candidat. Le rôle des deux personnes est spécifique et complémentaire. Le responsable (« premier lien ») « descend » l’information ou les demandes du cercle supérieur, alors que le second lien « remonte » les suggestions ou les préoccupations du cercle qui l’a élu.
Le mode de gouvernance sociocratique consiste à établir ce double lien à tous les niveaux d’une organisation, de la dernière unité de travail jusqu’au Conseil d’Administration. Intégrant à la fois les besoins des individus et ceux de l’organisation, ce mode de gouvernance simplifie les pratiques modernes de gestion, stimule la créativité, motive les parties prenantes, améliore la productivité, augmente le sentiment d’appartenance et met un terme aux luttes inutiles de pouvoir à la source de problèmes de collaboration.
Depuis 2006, Ordinata accompagne des entreprises et des collectivités dans le déploiement d'une démarche participative basée sur les processus et outils de la sociocratie. De plus en plus d'organisations sont aptes et prêtes à en faire l'expérience concrète. Nous sommes persuadés que, dans la décennie à venir, le modèle de gouvernance dynamique de la sociocratie va transformer le management tout comme les démarches qualité l'avaient fait à partir des années 1980. A bon entendeur !
Lecture conseillée :
- Gerard Endenburg, Sociocracy. The organization of decision-making, «no objection» as the principle of sociocracy, Eburon Publishers 1998.
- John Buck et Sharon Villines, We The People. Consenting to a Deeper Democracy, Edition Sociocracy.info 2007.
