Emilien Schaller

Directeur pédagogique de la Fondation Sombaille Jeunesse Jeanne Antide

L’IA peut renforcer notre intelligence collective, mais elle ne la remplace pas. Ce sont les allers-retours entre l’outil et le collectif qui construisent la véritable intelligence.

L’intelligence collective reste le cœur: l’IA est un amplificateur

Entretien avec Émilien Schaller, participant au Workshop IA d’Ordinata combinant intelligence artificielle et intelligence collective. Il partage une expérience marquante, entre découverte technologique et réflexion sur la posture collective.

Émilien, nous avons vécu le Workshop IA en août dernier. En deux sessions, nous avons pratiqué l’IA en contexte d’intelligence collective. Peux-tu brièvement raconter ton expérience du Workshop et dire ce qui t’a le plus frappé?

Je parlerai globalement des deux expériences. Ce qui a été surprenant, c’est que je ne connaissais pas vraiment l’IA – ou du moins pas les résultats, ni la facilité avec laquelle elle peut élaborer une pensée ou une synthèse à partir d’un document. Ça a donc été une découverte fascinante, de voir tout ce qu’il est possible de faire aujourd’hui.
Même si j’ai une assez bonne connaissance de l’informatique, je ne m’étais jamais autorisé à creuser ce domaine. Vous avez ouvert ce champ des perspectives, avec un outil que vous maîtrisez bien, et c’était très riche de découvrir quelque chose qui pouvait devenir un vrai facilitateur pour notre travail, de manière générale.

Qu’est-ce que tu as appris de cette expérience?

J’ai appris à “prompter”, si on peut dire, c’est-à-dire à formuler une demande aussi spécifique que possible, sans être trop gourmand non plus! J’ai pu expérimenter qu’une demande trop large ou trop spécifique pouvait dépasser les capacités actuelles de l’IA: elle peut alors manquer de finesse, ou oublier certains détails qui, en réalité, sont essentiels. Cet apprentissage m’a permis d’identifier les points d’attention: la précision des demandes, mais aussi leurs limites.

Et puis, j’ai découvert combien le temps consacré à la dimension collective est important. Le Workshop IA se vivait vraiment comme un va-et-vient entre nos intelligences individuelles et notre intelligence collective. Cela nous a rappelé que, pour bien fonctionner, il faut d’abord mobiliser nos propres cerveaux! L’IA peut renforcer cette intelligence, mais elle ne la remplace pas. Ce sont les allers-retours entre l’outil et le collectif qui permettent d’aboutir à quelque chose de construit.

À quoi faut-il faire attention lorsqu’on utilise l’IA dans un cadre collectif?

Je dirais qu’il faut garder en tête la dimension d’intelligence collective, notamment en préservant la méthodologie du travail en cercle. Sinon, on risque de partir dans tous les sens, de perdre l’essence même du travail collectif.

Il est aussi important que les participants aient un niveau de connaissance relativement similaire: sinon, cela crée des freins et des incompréhensions. Une mise à niveau préalable est vraiment nécessaire.

Et puis, il faut quelqu’un qui tienne le fil – un leader, ou en tout cas une personne ressource, à qui le groupe puisse faire confiance. Cette personne aide à garder la direction et à éviter que chacun parte dans sa propre logique.

C’est un peu comme si cette personne incarnait le “background” de l’ordinateur, celui qui relie toutes les données pour produire un résultat cohérent. L’IA, c’est un modèle de pensée en constante évolution, et je pense que son usage collectif va encore beaucoup bouger.

Souhaites-tu ajouter quelque chose?

Simplement que c’était une très belle expérience, avec beaucoup d’ouverture. Cela donne envie d’aller plus loin, de se lancer vraiment dans ce domaine.