PerspectivePlus

Thierry Zimmermann, Mathias Reich, Cyril Müller

L’IA ne décide pas. Elle propose, suggère, participe, mais ne décide jamais.

L’IA comme outil, l’humain comme boussole

Entretien avec Thierry Zimmermann (directeur, à gauche), Mathias Reich (co-fondateur, au milieu) et Cyril Müller (responsable du centre de préparation, à droite), qui font partie de l’équipe de direction de PerspectivePlus, une entreprise active dans l’accompagnement socio-professionnel et l’insertion de jeunes, qui place l’humain, les valeurs et la qualité de la relation au cœur de son action.

Ils ont participé, aux côtés de plusieurs cadres et de membres du Comité de l'Association, à un Workshop IA animé par Ordinata, avec pour objectif d’explorer comment l’intelligence artificielle peut être mise au service de l’intelligence collective, tout en restant alignée sur les valeurs de l’entreprise. Cette journée a permis de travailler concrètement sur la manière de faire vivre ces valeurs — en particulier comment les communiquer à travers des histoires, co-construites avec l’IA — tout en posant un cadre éthique clair pour l'utilisation de l'IA au sein de l'entreprise.

Vous avez travaillé à la fois avec l’intelligence collective et l’intelligence artificielle lors du Workshop IA. Qu’est-ce que cette “mise en tension” vous a appris concrètement sur le rôle irremplaçable de l’humain dans l’entreprise?

C’est important que l’humain ait le lead, que l’IA ne soit qu’un assistant. Elle fait ce qu’on lui demande de faire. Cela m’a rassuré sur la manière dont nous fonctionnons comme équipe, parce que l’humain, pour nous, est au centre.

Ça confirme que l’IA est un outil puissant, mais qu’il est nécessaire de l’encadrer.

Pour moi, ça a renforcé la compréhension de l’importance de ce qu’on donne à l’IA, des instructions qu’on lui transmet, et de l’importance de retravailler ce qu’on en retient, ce qu’on en ressort. Ce travail-là reste une affaire humaine.

Au début de la journée, on ressentait beaucoup d’ambivalence face à l’IA — entre fascination, prudence et parfois même rejet. Qu’est-ce qui a évolué chez vous au fil du Workshop IA?

Plusieurs personnes ont été rassurées, autant par l’utilisation directe que par le cadre qui était donné d’un point de vue éthique.

On a appris plus de choses sur la manière de mieux utiliser l’IA pour obtenir les résultats qu’on souhaite. L’IA est vraiment apparue comme un outil, un outil comme un autre — comme on a pu être étonné à une époque par les recherches Google ou Wikipédia.

Le fait de pouvoir vivre concrètement la prééminence de l’humain sur la machine dans le cadre du Workshop a contribué à faire baisser beaucoup de craintes face à l’IA.

Vous avez choisi de faire “parler” vos valeurs à travers des histoires co-construites avec l’IA. Comment avez-vous vécu cette expérimentation avec l’IA concrètement, et dans quelle mesure les résultats vous ont-ils semblé pertinents ou utiles pour vous?

Après avoir bien configuré l’agent IA, les résultats sont venus très vite. Il y a eu un moment où on s’est dit: «ah ouais, pile dans le tir!». Il y a une forme de satisfaction, et la créativité de l’IA m’a surpris.

En même temps, dans la relecture, il y a eu une partie un peu épuisante. On corrige beaucoup de choses, on passe par des étapes de terminologie, de reformulation. Mais le premier jet est vraiment très aidant, très efficace.

La première histoire générée, on l’a lue et on s’est dit: «c’est celle-là». Ensuite, on l’a retravaillée.

Pour moi, le résultat final est pertinent. Il est probablement encore un peu à retravailler, mais il est vraiment pertinent.

Dans le vécu de l’expérience, j’ai aussi réalisé à nouveau que l’humain a des limites — physiques, de concentration — que la machine n’a pas. Il faut faire attention de ne pas entrer dans une forme de concurrence avec cette non-limite. Il s’agit plutôt de respecter les limites humaines en termes de fatigue et d’énergie.

Vous avez posé un cadre éthique structuré autour de quatre questions clés. Quelle est l’utilité d’un tel cadre pour vous en tant que dirigeants, et pour votre entreprise dans son ensemble?

Pour moi, c’est une cohérence par rapport à nos valeurs et à notre façon de travailler. L’idée est de ne pas limiter cela à des paroles ou à certaines parties de l’entreprise, mais de l’intégrer dans tout ce qu’on utilise pour faire notre travail. Le cadre éthique concerne l’ensemble. Et avec l’IA, c’était nécessaire — et ça l’est encore — parce qu’il reste des choses à définir, c’est nouveau et ça évolue très vite.

Pour moi, fixer un cadre éthique dans l’utilisation de l’IA est nécessaire, comme on doit avoir un cadre éthique dans notre travail ou dans notre quotidien.

Cela contribue aussi à réduire les craintes, et parfois les fausses excuses pour ne pas utiliser l’IA, en sachant que le cadre que l’on s’est fixé, on veut le tenir.

Une phrase reste centrale pour moi: l’IA ne décide pas. L’IA propose, suggère, participe — mais ne décide jamais.