Mettre en place la Holacracy durablement

Holacracy comme architecture, la maturité collective comme clé de sa réussite

Toute gouvernance explicite révèle une gouvernance implicite.

Qu'est-ce que la Holacracy?

La Holacracy est un système de gouvernance organisationnelle qui redistribue l’autorité au sein de l’entreprise. Plutôt que de s’appuyer sur une hiérarchie traditionnelle fondée sur les postes, la Holacracy définit des rôles clairs, regroupés en cercles, chacun doté de responsabilités et de redevabilités explicites. Les décisions ne dépendent plus d’une position de pouvoir, mais de processus structurés permettant de traiter les tensions et d’adapter en continu l’organisation à la réalité du terrain. En ce sens, la Holacracy propose une architecture précise pour clarifier le «qui fait quoi» et rendre la gouvernance plus transparente, évolutive et distribuée.

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Un peu d'histoire

La Holacracy a été formalisée au début des années 2000 par l’entrepreneur américain Brian Robertson, qui cherchait un mode de gouvernance plus agile et plus explicite que la hiérarchie classique. Son objectif: créer un système clair, reproductible, permettant de distribuer l’autorité, de traiter les tensions de manière structurée et d’adapter l’organisation en continu. La Holacracy s’est rapidement diffusée à l’international comme une méthode complète de gouvernance partagée, portée par une constitution et des processus précis.

Mais les racines de la Holacracy sont plus anciennes. Elles remontent à la Sociocracy (ou Sociocratie), développée dans les années 1970 par l’ingénieur néerlandais Gerard Endenburg. Inspiré notamment par les travaux de Kees Boeke, Endenburg introduit des principes fondateurs tels que la décision par consentement, l’organisation en cercles semi-autonomes et le double lien entre niveaux de gouvernance. La Sociocracy visait déjà à concilier performance organisationnelle et participation réelle des membres.

C’est de cette même matrice que sont issues, au début des années 2000, la Holacracy et la Dynamique Participative, fondée en Belgique par Martine Marenne. Si leurs développements ont pris des formes distinctes — la Holacracy se structurant comme un système constitutionnel formel, la Dynamique Participative mettant davantage l’accent sur la posture, la présence et la maturité collective — elles partagent cette origine commune: la recherche d’une gouvernance explicite, distribuée et fondée sur le consentement. Deux trajectoires issues d’une même source, qui explorent chacune à leur manière la transformation des organisations.

Chacun des fondateurs a laissé un écrit important: Gerard Endenburg a publié Sociocracy as social design (1998), Brian Robertson La Révolution Holacracy (2016), et Martine Marenne Au coeur de la Dynamique Participative (2024).

Le cœur de la Dynamique Participative

Au fil de son développement, la Dynamique Participative a progressivement pris conscience de ce qui constitue son véritable centre de gravité. Au-delà des processus, des rôles et des outils, le cœur de toute Dynamique Participative est l'humain. Les processus des différentes méthodologies participatives (Sociocracy, Holacracy, etc.) peuvent être multiples et variées; elles ne prennent sens que si elles s’enracinent dans une qualité de présence et de relation.

Ce cœur est composé notamment de quatre dimensions interdépendantes: la confiance, qui rend possible la parole vraie et la responsabilité partagée; le savoir-être, qui façonne la posture intérieure autant que l’attitude extérieure; la source, telle que développée dans les Principes source, qui clarifie l’origine d’une initiative et la légitimité d’agir; et la résonance, cette capacité à “faire intelligence collective” ensemble et à s'ajuster à ce qui se joue dans le collectif. Martine Marenne le souligne dans Au cœur de la Dynamique Participative : la dimension humaine est le levier de toute pratique collaborative durable. Les méthodes s’apprennent en les pratiquant; le cœur se vit par la qualité de la posture et de la présence.

La Holacracy s'approche du coeur

La Holacracy, avec ses processus rigoureux et sa constitution précise, propose une architecture puissante de clarification et de structuration. Comme toute méthodologie de gouvernance partagée, elle est invitée à s’appuyer sur ce cœur, l'humain, pour déployer pleinement son potentiel.

À travers la (re)découverte du cœur de la Dynamique Participative, l'on observe qu'un rapprochement s’opère entre différentes méthodologies issues de la même matrice: Sociocratie, Holacracy et Dynamique Participative. Là où la Holacracy offre un système formel, structurant et reproductible, la Dynamique Participative rappelle l’importance de l’incarnation, de la maturité collective et de la qualité relationnelle. Holacracy comme système, le coeur de la Dynamique Participative comme culture. L’une clarifie les règles du jeu; l’autre en nourrit l’esprit et sa traduction concrète chez les hommes et les femmes qui constituent le collectif. Ensemble, elles permettent d’articuler structure et humanité, gouvernance explicite et profondeur relationnelle, au service d’organisations à la fois efficaces et vivantes.

De la structure à l’incarnation

Lorsque la Holacracy s’approche du cœur, une étape supplémentaire devient décisive: l’incarnation. Clarifier les rôles, distribuer l’autorité et structurer les processus sont des fondations solides. Mais une gouvernance partagée devient réellement vivante lorsqu’elle est portée par des personnes capables d’assumer leur source, d’habiter leur rôle avec justesse et de cultiver une qualité relationnelle exigeante.

C’est à ce niveau que se joue la transformation durable. Le passage d’un système bien conçu à une culture réellement incarnée. Pour les organisations engagées en Holacracy, approfondir la posture, la confiance, la responsabilité de la source et la capacité de résonance permet d’ancrer la gouvernance dans l’humain. Pour celles qui sont en phase de réflexion, cela permet de choisir une forme de gouvernance en pleine connaissance de cause: non seulement une architecture, mais une culture.

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Une gouvernance explicite ne tient pas par sa structure seule: elle tient par la qualité humaine de celles et ceux qui la font vivre.


Holacracy à l'épreuve de l'humain

La Holacracy suscite de l'intérêt auprès d'entreprises et de collectivités qui souhaitent clarifier leur gouvernance, distribuer l’autorité et sortir d'une organisation trop hiérarchique. La Holacracy propose une constitution, des rôles explicites, des cercles et des processus de gestion des tensions qui structurent la prise de décision et la responsabilité.

Les organisations qui explorent la Holacracy cherchent avant tout plus de clarté, plus de cohérence et plus d’engagement. Elles aspirent à des structures moins hiérarchiques, plus plates, où l’autorité n’est plus concentrée mais distribuée. Elles souhaitent rendre la gouvernance explicite, fluidifier les décisions, développer une véritable co-responsabilité et évoluer vers des formes d’organisation plus conscientes, dans l’esprit des transformations décrites par Frédéric Laloux dans Reinventing Organizations. La Holacracy répond à cette aspiration par une architecture précise et exigeante.

Au fil de leur démarche, certaines entreprises et organisations découvrent que la question centrale n’est pas uniquement celle du système ou de la distribution du pouvoir. Mettre en place la Holacracy ne suffit pas toujours à transformer en profondeur la culture d’une organisation. Les processus peuvent être clairs, les rôles définis, les réunions structurées — et pourtant la maturité collective, la qualité relationnelle ou la posture des responsables restent déterminantes.

C’est précisément à cet endroit qu’intervient la réflexion sur le coeur de la Dynamique Participative, proposée par Ordinata.

La Dynamique Participative partage avec la Holacracy une même racine sociocratique et une même intention: rendre la gouvernance explicite et distribuée. Mais elle part d’un autre point d’appui. Là où la Holacracy se présente comme une constitution organisationnelle, la Dynamique Participative articule d’emblée gouvernance, posture et culture.

La Holacracy, au vu de certaines expériences de ces dernières années — en particulier dans des contextes où son intégration s’est révélée difficile — a été amenée à découvrir l’importance des Principes source et à ajuster sa manière d’attribuer les rôles et les redevabilités pour mieux intégrer la dimension de la source. La Dynamique Participative, quant à elle, intègre pleinement la source dans sa structure native. Autrement dit: là où la Holacracy doit parfois apprendre à relier structure et profondeur humaine, la Dynamique Participative les unit dès le départ.

Pour les organisations déjà engagées dans un processus de Holacracy, l’enjeu n’est plus uniquement structurel. En marge des travaux de préparation de la constitution, de définition des cercles et de distribution des rôles, une question décisive demeure: sur quoi la Holacracy s’appuie-t-elle réellement? Approfondir le cœur de la Dynamique Participative devient alors essentiel. Car une gouvernance holacratique ne devient durable que si elle repose sur une culture humaine solide: confiance, savoir-être, source et résonance. Sans cet ancrage, la Holacracy risque de rester un dispositif purement procédural. Avec cet ancrage, elle peut devenir une véritable culture organisationnelle.

Se former au parcours «Découvrir et vivre la Dynamique Participative» permet précisément d’enraciner une pratique de la Holacracy dans la posture des personnes. Ce travail d'intégration du coeur de la Dynamique Participative, loin de modifier la structure holacratique, lui donne profondeur et cohérence. Il permet à sa gouvernance explicite de s’appuyer sur une maturité collective réelle. La Holacracy trouve alors un socle humain sur lequel se stabiliser et se développer.

Pour les organisations qui hésitent encore à choisir la Holacracy comme modèle de gouvernance, la question mérite d’être élargie. La clarification des rôles, la décision par consentement, la distribution de l’autorité et la coresponsabilité peuvent être mises en œuvre à travers différentes architectures, non seulement celle de la Holacracy, mais aussi celle proposée par la Dynamique Participative elle-même. Dans tous les cas, le cœur de la Dynamique Participative constitue un passage incontournable. Quelle que soit la forme de gouvernance retenue finalement, la qualité de la posture, la conscience de la source, la confiance et la capacité de résonance déterminent la réussite de son déploiement. La formation «Découvrir et vivre la Dynamique Participative» permet d’en amorcer le mouvement.

Une gouvernance explicite ne devient culture vivante que lorsqu’elle est portée par des personnes conscientes de leur posture, de leur responsabilité et de la source des projets qu’elles incarnent.